avec Kamla et Marie-Josée – avril 2010
Ce voyage en Tanzanie a été un tournant, une révolution dans la vie spirituelle de Kamla Pandoo et Marie-Josée Labonté, deux diaconesses de l’église de Maurice. Le Seigneur a fait une œuvre en profondeur pour déraciner et renouveler leur service pour Lui. Certains événements funestes ont prolongé ce séjour qui ne devait durer qu’une semaine. Elles nous racontent comment elles ont vécu cette conférence de sœurs ainsi que les circonstances pénibles de leur retour au Kenya…
Tout commence à Nairobi où une petite équipe – composée entre autres de Stephen, Mama Béatrice Gachengo, Kamla et Marie-Josée – se lève de bonne heure pour un long périple de deux jours vers Shinyanga, à quelques heures de route du lac Victoria en Tanzanie. De nombreuses églises du Kenya, de Tanzanie et du Congo y étaient représentées. Une sœur a même fait le déplacement de Bujumbura, Burundi. Tous les jours, Marie Josée, Kamla ainsi que Béatrice ont parlé de deux domaines qui leur tenaient à cœur : la liberté et la foi. Désirer être libres pour servir le Seigneur. Après chaque déjeuner, des ateliers étaient organisés pour permettre aux sœurs de s’exprimer par rapport à ce qu’elles vivaient dans leur foyer. En effet, là-bas, les relations entre le mari et la femme génèrent souvent beaucoup de problèmes. Kamla nous raconte ces moments de partages riches et profonds : « Nous avons entendu beaucoup de témoignages de femmes qui vivaient des choses extraordinaires par rapport au pardon. En effet, certaines avaient été abandonnées par leurs maris qui les avaient quittées pour épouser d’autres femmes, puis ils revenaient pour les abandonner une deuxième fois… L’une d’entre elles nous a raconté qu’elle était mourante quand son mari l’a quittée pour une autre femme. Ce sont ses voisins qui ont dû la transporter à l’hôpital. Alors qu’elle parlait, j’étais émerveillée de voir à quel point elle était libre parce qu’elle avait pardonné à son mari. Elle a même pu encourager les autres sœurs à pardonner. Tous ces témoignages m’ont bouleversée parce qu’ils étaient vrais et profonds. Malgré leurs souffrances, elles persévèrent et savent garder un cœur pur en restant dans la foi pour leur mari. »
Les participantes de ce séminaire passaient tous leurs moments libres dans la communion fraternelle. Kamla et Marie Josée ne rentraient à l’hôtel que pour dormir. De nombreux anciens étaient également présents, certains travaillant en partenariat avec CTMI, d’autres étaient venus pour un autre séminaire, mais ils ont voulu rester pour assister à ce rassemblement de sœurs.
Le vendredi, lors d’un atelier, Kamla, Marie Josée et Béatrice ont eu à cœur de rencontrer uniquement les femmes de pasteurs. Kamla nous raconte : « Nous ne nous sommes pas laissées limiter par un programme, car nous sentions qu’il ne fallait pas se restreindre à des réunions. Nous avons donc cherché le Seigneur. Nous savions que beaucoup de choses allaient se passer dans les contacts. Ainsi, le samedi, cet atelier que nous avons eu avec les femmes d’anciens nous a énormément bénies. Elles ont exprimé leur cœur, leurs souffrances et leur joie, et c’était extraordinaire ! Nous avons enfin pu les connaître et mettre un visage sur leur nom. Nous les avons encouragées à prendre leur place au côté de leur mari, sans regarder à leur caractère ni à leurs difficultés, car elles ont besoin de les soutenir. En effet, c’est un appel bien particulier et elles ont besoin d’y répondre ». Kamla explique que soit certaines étaient tellement timides qu’elles ne s’ouvraient pas aux autres et restaient derrière à s’occuper de leur maison sans plus, soit elles étaient tellement fonceuses qu’elles prenaient une autorité qui ne leur revenait pas. Elle ajoute : « C’était extrêmement encourageant de voir l’œuvre de l’Esprit qui s’était faite chez certaines d’entre elles qu’on n’avait pas eu l’occasion de voir depuis 6 ans, et de ressentir le rapprochement avec d’autres. »
Le dimanche matin, Kamla et Marie Josée devaient prendre le bus à 5h du matin pour rentrer à Nairobi prendre l’avion. Mais finalement, étant donné que beaucoup de pasteurs et visiteurs étaient présents, Stephen est resté pour prêcher. Elles ont donc décidé de reporter leur départ pour profiter du partage de Stephen. « C’était une occasion à ne pas manquer ! Il a emmené l’évangile dans toute sa puissance » nous confie Marie Josée. Ne pas se reposer sur notre connaissance, faire attention à ne pas emmener la sagesse de l’homme, mais aspirer à une démonstration du Saint Esprit, tels étaient les domaines dont il a parlé. Pour Stephen, c’est clair, à moins que l’Esprit de Dieu ne soit en contrôle dans l’Eglise, il n’y a pas de construction possible. Il a même eu une parole d’encouragement pour Kamla, lui disant qu’elle vivrait des secousses à son retour mais qu’elle devrait ne compter que sur le Seigneur et non pas sur son expérience. « Déjà pendant la semaine, Dieu nous a montré à quel point nous avions besoin de Le chercher, confie Kamla… Il nous a montré notre pauvreté dans l’Esprit et ça n’est pas chose facile car dans ces moments-là, on a envie de se retirer ; cependant, c’est là qu’il fallait rester dans la foi pour emmener l’évangile. »
Une quarantaine de sœurs étaient déjà parties en bus depuis 5h du matin, et la petite équipe devait se dépêcher pour partir dans les temps. Une demi-heure plus tard, ils ont appris la terrible nouvelle : le bus qui transportait les sœurs s’est renversé. L’équipe se trouvait à 4h de route de l’accident, dans un état de choc… Stephen a passé de nombreux coups de téléphone, pour encourager les femmes présentes dans le bus et faire les démarches nécessaires. Kamla nous raconte : « Nous n’avions rien d’autre à faire que de prier ! Nous sommes arrivés à 17h sur les lieux. Heureusement, les blessés ont pu être transportés vers un petit hôpital où nous les avons rejoints… Mais le bilan était très lourd : 3 sœurs mortes et 26 blessées. Pour ma part, à l’hôpital, en tant qu’infirmière, j’ai demandé des gants et du produit pour soigner les plaies, mais il n’y avait pas de matériel. D’un point de vue pratique, j’étais complètement inutile. Au début j’essayais d’agir, mais le Seigneur m’a montré que je devais me retirer et Le laisser faire ». Donc, Marie Josée et Kamla se sont mises à prier pour chaque sœur individuellement. « Nous étions bouleversées quand nous voyions l’état dans lequel certaines sœurs se trouvaient. Nous ne savions pas quoi dire ni quoi faire… » nous raconte Kamla. Elles allaient de lit en lit, comptant sur le Seigneur pour qu’Il les conduise et que ces sœurs puissent ressentir Son cœur. Cela a duré des heures !
Le soir, ils se sont arrêtés à Bunda pour dormir, à deux heures de la frontière du Kenya, où se trouve une église faisant partie du réseau CTMI. L’équipe a été émerveillée par l’aide que ces frères et sœurs ont apportée aux accidentées. Ils ont cuisiné pour les blessés, et ont apporté leurs propres vêtements parce que les valises s’étaient perdues dans l’accident. C’est triste à dire, mais lors de ce drame, des passants ont profité de l’occasion pour piller les victimes ! Ces chrétiens ont béni les sœurs et se sont occupés d’elles d’une manière incroyable. Après beaucoup de démarches, un convoi a été organisé pour que les blessées soient transférées le plus vite possible au Kenya pour pouvoir bénéficier de meilleurs soins. C’était un voyage par la foi car certaines avaient des clavicules ou d’autres membres cassés. Pendant qu’elles partaient, l’équipe s’est rendue à la morgue pour récupérer les 3 corps des défuntes. A 19h30, à la frontière, ils devaient remplir beaucoup de formalités ce qui est encore plus compliqué quand on transporte des corps ! En plus, certaines sœurs avaient perdu leur passeport dans l’accident. Il fallait donc que Stephen trouve des documents de voyage… Kamla nous raconte : « Nous avons vu Stephen être relevé par le Seigneur et prendre les choses en main. Nous avons quitté la frontière à 21h, et sommes rentrés à la maison à 4h du matin. Nous étions absolument épuisées de fatigue et très éprouvées émotionnellement. Le lendemain, nous avons rendu visite aux familles qui avaient perdu leur bienaimé. Il fallait trouver les mots pour les encourager et nous avons crié au Seigneur ! »
Le samedi, l’équipe s’est rendue aux funérailles d’une des sœurs. Cela a duré toute une journée sous une chaleur de plomb. Kamla reste admirative devant la mobilisation dont a fait preuve notre église partenaire du Kenya : « Il y avait à peu près 15 anciens, les blessées ont quitté la clinique pour quelques heures, le temps de la cérémonie, avec leur clavicule ou leur bras cassé, leur épaule déboîtée... Elle ont tenu à faire le voyage sur une route endommagée. Nous avons vu leur détermination et leur soutien. Cela nous a dépassées, confrontées… »
Kamla et Marie Josée font le bilan de leur voyage. On peut ressentir que leur cœur est reconnaissant et brisé : « Jamais nous n'avions vécu une expérience pareille de notre vie. Chaque jour, nous avons marché de repentance en repentance. Nous avons entendu la voix du Seigneur comme jamais ! Finalement, tout ce qu'on peut dire c'est que le Seigneur nous a montré notre misère et notre pauvreté. Nous avons eu la crainte de Dieu comme jamais auparavant... » Pour elles, elles sont tellement occupées à Maurice qu’il se peut que si le Seigneur avait voulu leur parler, elles n'auraient peut-être pas été attentives ! « Mais dans Son amour, Il nous a fait la grâce de nous emmener là-bas, pour nous montrer notre état. » Et elles ajoutent en riant que maintenant elles sont mieux équipées que jamais pour servir le Seigneur… en même temps c’est comme si qu’elles repartaient à la case départ ! Elles qui pensaient, comme elles le disent, être à « l’université » dans leur service pour Lui… finalement elles ont réalisé que ce n’était pas le cas : « Nous revenons avec notre cœur seulement, nous ne voulons bouger qu’avec l’Esprit du Seigneur, et rien d’autre. Nous avons adoré l’Afrique, c’était le meilleur endroit pour que Dieu traite notre chair ! »
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